Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /Jan /2010 10:22
_ D'habitude, cher inspecteur, ils tranchent dans le vif du sujet avec des lames sans dents, plus tranchantes, plus spectaculaires, plus incisives, plus décisives... J'ai même vu des gars qui n'étaient pas de taille nous la jouer à la coupe-coupe qui vous la coupe ou à la samouraï qui déraille, voire au cutter d'écolier abusif suivant les personnalités... Vous savez, c'est comme pour le reste, y'a les anxieux, les décontractés, les coincés, les démonstratifs, les maladroits, les impulsifs, les bricoleurs... Chacun essaie sans le savoir d'en finir à sa façon, aussi maladroitement qu'il a vécu... A ce propos, J'ai survolé un article de plage dans le "Nouveau Détective" ou justement un expert-comptable repenti...
Il ne fallait pas compter sur Ticolis pour s'enrichir d'une revue de presse pour le moins scabreuse, le temps pressait et l'oppressait.
_ Merci, j'ai compris. J'accepte sur le champs votre parrainage pour un abonnement à cette merde. Je vous ferais un chèque au bureau... Pour l'instant, on a d'autres chattes à fouetter, vous ne croyez pas ? lui asséna-t'il, ne semblant pas en état d'écouter quoique ce soit, surtout pas les divagations d'un de ses désordonnés subordonnés.

Pierre, finistérien de pure souche paraissait aussi efflanqué que Muda était replet. Rue de l'Alma, au commissariat central, dans les brimades du tigre, on n'hésitait pas à comparer injustement cette paire de fins limiers à Laurel et Hardy. Pourtant, c'étaient des détectives précieux, un peu trop loquaces mais efficaces. L'ensemble des autres flics  ne l'ignoraient point, sauf peut-être Ticolis, qui nouvellement débarqué dans le poulailler, ne voulait pas mettre ses œufs dans le même panier de crabes. De toute façon, il sauverait la planète pas nette tout seul, sans façons, à la Callahan ou la Marlow avec pour compagnon d'infortune son impressionnant calibre. Pour lui, cette affaire n'en était pas une, un suicide sanglant et avec glands, rien de plus, rien de moins... Pas la peine de mettre des glands puisqu'il y en avait déjà. Il se contenta de convenir ostensiblement, ce qui ne veut rien dire, et repartit vers les toilettes en remuant la tête de la gauche vers la droite, ce qui ne veut pas dire grand chose non plus... Ticolis semblait en proie à une de ses intenses et subites crises de torticolis, de celles qui vont font tourner la tête sans voir le cou venir.
_ Il nous prend vraiment pour des psychos ce connard ! Murmura militairement Kiroule à son collégial collègue dans une de ses insolites phases de lucidité.
_ Je sens que bientôt, je vais lui faire sa fête à ce trou du cul, acquiesça un Muda plus écarlate que jamais. Affamé comme toujours, on distinguait sans peine son ventre rond gargouiller à des milles à la ronde. Le culotté n'avait pas boulotté depuis une bonne demi-heure au moins et se croyait kidnappé par une fringante fringale. Sentant venir les meutes, l'émeute et l'inspecteur, l'aigri maigrichon, mit les bouchées doubles pour finalement achever son valeureux sandwich, puis tambourina sur l'épaule du rondouillard en lui susurrant dans la profondeur d'une portugaise ensablée :
_ T'as remarqué aussi la lucarne grande ouverte ? Bah, on en parlera à Little Big Man, tant pis pour l'autre enfoiré ! Il n'a qu'à faire son boulot correctement au lieu de se la jouer !                 
La chasse d'eau cingla une dernière fois, puis après le vomis et la merde, le triptyque de cinglés dégagea  de la cage à lapines, sous une pluie battante, puis gagnante.

Celui que désormais, la plupart des affectifs de l'effectif de l'hôtel de police intitulaient sobriquetement " trou du cul " sans le nommer, n'avait pu assister à l'ensevelissement, par pudeur ou par paresse. La date de péremption était maintenant largement dépassée pour avouer aux tracassés gallinacés la tenace amitié qui l'avait lié puis séparé de l'exclusive progéniture du défunt. De plus, grâce à la bienveillance de ses investigateurs favoris, le pauvre s'était fait singulièrement réprimander par le commissaire Abouard. Une sorte de père fouettard des VRP de l'ordre qui lui avait fait sauter sans pitié son amende honorable.
_ Huit mois à peine que vous êtes ici, et déjà vous vous illustrez par votre négligence et votre incompétence ! Vous avez intérêt à vous reprendre mon jeune ami… Sinon, croyez-moi, je ne me priverais pas de vous faire chier jusqu'à ce que vous craquiez… Pensez à tous ces péteux qui se sont déjà supprimés… lui avait asséné l'incoercible barbu, chef incontestable et incontesté de la tribu des képis qu'ont trop bu. Désormais funambule noctambule, il ne s'en balançait pas, se balançant plutôt les pieds en éventail sur une corde raide, souvent pendu au téléphone qu'il détestait pourtant. Le truc qu'il haïssait le plus après ses consœurs siamois et les blagues sur le Père Noël mais avant celles toutefois sur les rapports sexuels entre les Belges et leurs moules-frites. Son père Joël avait trépassé une nuit arrosée de Saint-Sylvestre, coincé dans la cheminée avec sa barbe contrefaçon et son travestissement sans façons. Sa conjointe surpassée venait alors paisiblement d'allumer un gigantesque feu de joie. On ne sut jamais, et mieux valut pas, si elle l'avait carbonisé express, exprès ou non... Toujours est-il que la morue mourût elle aussi quelques damnées années plus tard, souillée, torturée, décapitée, déchiquetée, écartelée puis finalement assassinée sans raffinement par un lugubre personnage pastichant l'illustrissime Karl Marx, mais grâce au ciel nettement moins dangereux que celui-ci. Son frérot aîné, l'ange Gabriel périt un peu plus tard dans un des attentats intégristes qui frappèrent sauvagement la capitale parisienne au milieu des années 80. Encore et toujours des barbus, manquait plus que le capitaine Haddock... Mille sabords. C'est d'ailleurs cette haine farouche des méchants poilus du dessous de menton qui l'avait exhorté à rejoindre les rangs de la peau lisse nationale. Comme si sa vie n'avait pas été émaillée de suffisamment d'âpreté jusqu'à lors...
Par Deslivresetnous - Publié dans : Les Ouvrages
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /Jan /2010 10:20
Les yeux de Gérard Menvussa s'étaient perdus de vue pour finalement disparaître et sombrer dans l'oubli. Toutefois des bribes de morceaux jaunâtres se balançaient encore à l'extrémité de nerfs optiques destressés. Les rapaces sans carapace semblaient les avoir assimiler dans la précipitation à de sots vermisseaux.
_ On se croirait presque dans les " Oiseaux " d'Alfred Hitchcock… Une de mes toiles favorites ! pensa tout haut l'enquêteur de première chiasse Albert Muda qui était loin d'être une étoile. Très comparable physiquement au célébrissime Sergent Garcia, " Gras-double " comme s'attachaient pieds et poings liés à l'appeler ses indulgents collègues, était l'une de ses grandes gueules philosophales qui font tout miroiter sans jamais rien réfléchir. L'obèse avait rarement sa langue dans sa poche mais souvent un doigt voire plusieurs dans le nez, ce qui l'amenait fréquemment à commettre de petites boulettes. Sa dernière en date, délicatement collée sur la tapisserie blafarde du meublé, il put enfin exhiber du doigt, non pas une personne, ce qui ne se fait pas, mais le soi-disant matériel utilisé par celui qui s'était désespéré de son espérance de vie.
_ Inspecteur, vous ne trouvez pas bizarre qu'il se soit charcuté avec un vulgaire Guy de Graine ?
Bizarre, vous avez dit bizarre ? Le niveau global d'élocution apparaissait insuffisant mais le ton mayonnaise avec lequel l'harenguet l'haranguait restait lui bien suffisant. Il aurait la moyenne forcément. Cyniques, si piques, ses  anfractuosités sanguines fixaient l'interloqué avec une certaine arrogance. " Gras double " le coléreux ne semblait toujours pas tolérer les juvéniles blanc becs fraîchement diplômés, chefs surfaits de surcroît. Pensez donc, on ne rabroue pas impunément le quadruple champion olympique des épreuves de beuverie inter-commissariats. Optimiste par conviction, policier par nécessité. La nécessité fait loi… Il avait tenté le concours d'inspecteur cinq fois consécutivement pour autant d'échecs. Rien n'y faisait malgré les concours de circonstances... qui parfois lui offraient les réponses avant même les questions.

Victor Ticolis, arrière petit-fils d'immigrés italiens protesta fébrilement, préoccupé, trop occupé à ramasser pudiquement ses gravois de gerbe pour remplir une conversation. L'identité du disparu ne lui était pas inconnue. Instinctivement, il ne voulut pas que cela se sache. Qui va à la chasse perd sa place !
_ Vulgaire un Guy Degrennes ? Dites, vous bouffez du caviar dans des saladiers en argent chez vous ?
Muda moins compliqué n'eut pas le temps de répliquer, son décrépis collègue et néanmoins ami d'enfance, pour ne pas dire de défonce se mit à postillonner quelque bidule plus ou moins cohérent. Même pour un illustre baroudeur du sandwich et de la peau de saucisson de la dimension de Pierre Kiroule, difficile de raconter des salades avec une cavité rassasiée d'insanités. Tels des boulets de canons descendant de Marignan et remontant au visage de l'inspecteur terrifié, d'humbles lambeaux de mixtion piémontaise s'écrasèrent frénétiquement sur sa plaisante veste en tweed. Lui qui voulait redorer le blason vestimentaire de la police, en était pour ses frais avec une laitue qui ne l'était plus depuis sa fugue de Rungis. Ce n'était décidément pas son jour, contrairement à ce qu'il avait pu découvrir en trempant son croissant devant l'horoscope du Havre Presse. Malgré la dantesque inappétence que lui inspirait l'embouchure baveuse et débordante de vitalité du breton Kiroule, il entreprit courageusement de déchiffrer son flot de paroles inaudibles. Le torchonné qui avait connu un panel représentatif d'auto-homicidés durant sa pratique sans relâche de roussin  de la criminelle lui signifiait que c'était bien exceptionnel qu'un chançard mette fin à ses jours avec un ustensile apaisant d'ordinaire les faims de tous les jours.
Par Deslivresetnous - Publié dans : Les Ouvrages - Communauté : manuscrits en ligne (romans)
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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /Déc /2009 12:10

Le dernier lundi du mois précédent, un bienveillant voisin, plus curieux que tourmenté par le silence pesant et l’odeur désagréable provenant d’un appartement tangent, avait cru malin d’alerter la police. Bien lui en pris, pourtant puisque Jésus Mèvalpa, travailleur portugais honnête, put enfin contempler son nom imprononçable imprimé en toutes lettres majuscules dans le minuscule journal du coin. Lamentable feuille de choux dont cet analphabète, ravi de son éphémère mais réelle popularité se procura sobrement une vingtaine d’exemplaires pour la modique somme de vint-sept euros. Célébrité contestée de son quartier, il dépassait désormais le stade sans tribunes du pâté de maisons, faisant enfin l’unanimité auprès des ménagères de plus de cinquante ans. Quel parcours extraordinaire pour cet immigré contre son gré, Président Directeur Général depuis dix-huit ans seulement d’une moto-crotte à la Ville du Havre. Outre la maigre allusion à ce héro des temps modernes, les plus brillants et gominés journalistes sautèrent sur l’occasion, faute de mieux ou de secrétaires excitantes pour intenter un énième procès contre la bien vaillante police nationale. Si ses dignes représentants avaient pris plus au sérieux les appels téléphoniques des employeurs patentés ou de l’ancienne femme du suicidé, pas tentée non plus, les photographies les plus audacieuses de son corps indisposé ne circuleraient pas à présent sur Proxénet, l’un des serveurs les plus visités d’Internet. Enfin, bref, les autres événements du moment n’étant guère porteurs de sensationnel, il fallait bien remplir le torchon local. On ne mélange pas les torchons propres avec les serviettes sales… c’est mauvais pour l’image des marques.

Lorsque l’inquiétant inspecteur Ticolis découvrit l’état décomposé de feu Gégé, il se décomposa idem ipso facto, vomissant aussi soudainement que lamentablement sur ses élégants mocassins tout neufs. Des brodequins matinalement encaustiqués dont la choucroute ingurgitée goulûment la veille n’avait strictement rien à cirer. Ceci, malgré les regards réprobateurs des deux anges gardiens de la paix qui l’accompagnaient sans lui foutre la paix hélas. Depuis le cimetière des éléphants, ce duo d’antipathiques s’était banalement aguerri aux rencontres du troisième type avec des êtres malades, livides dont les veines s’effilochaient aussi sensuellement que les hauts et les bas de celles qui grimpent trop longtemps l’escalier pour fatalement être grimpées à leur tour. Dans leur complexe industrialo-portuaire moins complexe qu’il n’en paraissait, l’étau se resserrait, les taux de suicides et d’alcoolémie comptaient maintenant triple au Scrabble par rapport à la médiocrité nationale, le cours du chômeur au long cours aussi. Loin du lit vide, la substance humaine devenait laborieusement blanc crémeuse, méthode champenoise, presque translucide, le contraste produit avec la noirceur de la ketchup coagulée était saisis sang. Un honorable apprenti Picasso aurait eu là certainement matière à réaliser une œuvre de grande amplitude, inestimable et mésestimée. Nu comme un ver, et dieu sait s’il y en avait, le cadavre s’allongeait de long en large sur son fidèle canapé en cuir basané. Debout, ce n’eut peut-être plus été une charogne... Le fleuron mobilier d’un minuscule appartement trois pièces avec vue sur merde, fleurait bon les crottes de pigeons et le reste de l’appoint, soit pas grand-chose n’y changeait rien. Un authentique champs de mines antipersonnels pour le transport en commun des mortels. Mine de rien, les volatiles gris urbains s’étaient introduits illégitimement par la lucarne de la cuisinette, qui étrangement gardait la bouche ouverte à toutes les suggestions. Outre leurs merdeuses défécations, ces chétifs rats volants qu’apprécient tant les mère-grands s’étaient permis de laisser d’autres infinitésimales traces de leur passage pas si sage...

Par Deslivresetnous - Publié dans : Les Ouvrages - Communauté : les scribes en herbes
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